Héroïnes, portraits de yoginis

Lauriane Porte


Une vie de yoga ce n’est pas seulement une vie d’introspection, c’est aussi par bonheur une vie de rencontres. Ces rencontres me sont précieuses. Il se trouve que les disciples du yoga les plus assidues, dont il m’a été donné de croiser le chemin, sont des femmes. Tout naturellement, j’ai souhaité partager une série d’entretiens qu’elles ont eu la gentillesse de m’accorder et de l’intituler « Héroïnes, portraits de yoginis ». D’abord, pour leur témoigner mon admiration, mon amitié, mais aussi pour partager avec vous leurs parcours, leurs réflexions et leurs aspirations qui je l’espère, éveilleront chez certaines et certains d’entre vous, comme un signe de reconnaissance de leur propre chemin et l’envie de se jeter corps et âme dans la voie du yoga.


L’important c’est le chemin. Cette phrase résonne comme un slogan et pourtant en lisant le texte que m’a adressé Lauriane Porte, je ne peux qu’en vérifier la pertinence. Lorsque je lis la précision de la pensée à l’oeuvre sous les mots de Lauriane, je vois dans sa recherche un aboutissement en soi.

Tout est là, dans le chemin et la conscience du chemin. La valeur de l’expérience n’est pas sa durée, mais sa profondeur, et l’art de celle qui la vit à en tirer un enseignement.

Merci Lauriane d’avoir accepté de partager ce texte magnifique.

Voici ce qu’elle m’a confié…



Qui es-tu ?


Je m’appelle Lauriane, j’ai 24 ans, et pourtant j’ai l’impression que je commence tout juste à naître au monde…


Dès le début de l’année 2019, l’Univers est venu frapper à ma porte accompagné de rencontres et d’expériences qui m’ont poussée à entamer une reconnexion avec qui je suis profondément, à me réaligner avec moi-même. Et cela ne s’est pas fait en douceur ! Mais il y avait urgence. Il était temps d’en finir avec cette vie qui ne m’épanouissais pas pleinement. Je me sentais à côté de moi-même.


J’ai fait une année de césure durant laquelle j’ai voyagé presque 7 mois en Asie. Ce fut un véritable voyage initiatique. Après cela, je suis revenue chez mes parents pour finir mon master dans le domaine de la communication et de la culture, à Paris. J’ai fait ce choix car je n’avais pas d’autre plan solide, concret. Et puis j’étais imprégnée de cette idée rigide qu’il faut finir ce que l’on a commencé.

J’ai eu la chance de travailler pendant 2 mois dans un centre de yoga au Vietnam. De retour France je sentais une très forte envie de pratiquer à nouveau, voire même de me diriger pleinement dans ce domaine… mais je n’ai pas eu le courage de tout lâcher et de me lancer. Cela s’explique en partie parce que je ne savais pas du tout vers quel centre, quel type de yoga, ou quel professeur.e me tourner pour développer ma pratique.


J’ai donc suivi ma dernière année de master en sachant que je n’étais pas à ma place. J’avais la conviction – depuis si longtemps – que je me destinais à quelque chose de bien différent. Cependant, tout mon être a explosé avant que je fasse des pas conscients vers ce « quelque chose ». J’ai vécu un burn out resplendissant, une crise existentielle sans fond, sans fin. La tension, la souffrance et l’épuisement ont gonflé à vu d’œil pendant des mois jusqu’à ce que je prenne feu pendant mon stage de fin d’étude. J’étais en roue libre, complètement à bout et dans l’incapacité de prendre du recul sur la situation.

Je suis sortie détruite de cette période. Je me sentais cassée en mille morceaux, je ne savais plus rien sur rien…

Il m’a fallu trouver la force de me reconstruire.


Sur ce chemin de guérison et de reconnexion avec mon essence, j’ai commencé à pratiquer régulièrement le Hatha Yoga avec Laurent, dès septembre 2019. La profondeur et la précision de son enseignement ont été une vraie révélation pour moi. Laurent détient les clés dont j’ai besoin pour grandir grâce à cette pratique. Cela m’a infiniment soutenue et nourrie dans cette période de reconstruction, dans ma recherche de sens et de stabilité intérieure.


Quelle a été ta première rencontre avec le yoga ?


Très décevante !

J’ai pris mon premier cours il y a environ cinq ans. Le yoga faisait partie de l’éventail des « sports » proposés à la fac, alors j’ai voulu essayer. Cela n’a pas été très nourrissant ! La professeure marchait entre nous et nous indiquait ce que nous devions faire, mais elle ne pratiquait pas pendant le cours. Cette description est à la mesure de l’expérience fade que j’ai vécue – ou tout du moins du souvenir que j’en ai. Je me demandais ce que je faisais là, pourquoi j’étais venue, et je regardais (très souvent) les aiguilles tourner sur le cadran en attendant la fin du cours.

A mon grand désarroi, ma tentative d’approche du yoga n’a fait que nourrir une idée floue et assez répandue : le yoga est souvent perçu comme une pratique lente et assez molle qui a pour but de se détendre. Mais au fond de moi, je sentais que le yoga était bien différent de cela. Ma seconde rencontre est venue conforter un peu plus cette intuition.

J’étais en fin de première année de master et je faisais un stage au sein d’une petite startup dans le domaine de l’art, à Paris. Ce stage m’épuisait plus qu’il ne me nourrissait. Je ne me sentais pas à ma place, j’avais du mal à trouver du sens dans ce que je faisais. Aussi, je travaillais beaucoup seule et sur l’ordinateur, ce qui ne m’allait pas du tout – mais je faisais avec, parce que je pensais que je n’avais pas trop le choix. Petite cerise sur le gâteau : j’avais 2h30 à 3h de transports par jour. Je vous entends dire qu’il vous fait envie, ce gâteau…

Heureusement, j’ai connu des petits moments de paradis durant lesquels je me sentais revivre vraiment, au milieu de ces longs mois tourmentés. Amélie venait chaque semaine donner des cours de Vinyasa au sein de l’incubateur dans lequel je travaillais. Ces cours étaient donc destinés à tout « startupeur » en quête de bien être. Ces moments m’étaient tellement précieux. Ils me permettaient de prendre un temps pour me retrouver et me régénérer. C’était si bon. Je sortais du cours en flottant sur un petit nuage.


Pour quelles raisons es-tu allée pour la première fois à un cours de yoga ?


J’étais tout simplement dans une recherche de bien-être.


Pour quelles raisons continues-tu aujourd’hui à pratiquer le yoga ?


Cette pratique me permet de créer de l’espace dans mon corps, dans mon esprit, et d’y trouver la paix – au moins pendant un temps ! Je sens à quel point le yoga réorganise mes énergies, remet les choses à leur juste place, et j’apprends pas à pas à ressentir tous ces mouvements subtils de l’énergie. En pratiquant quotidiennement, je sais que je soutiens tout mon être dans son travail de retour à l’équilibre - équilibre mis à l’épreuve par les événements de la vie, le stress, les émotions, etc. L’alchimie créée par le yoga m’émerveille beaucoup.


Le yoga me reconnecte à moi-même, à quelque chose de sacré qui se trouve en moi et au-delà.


Pendant mes séances, je peux sentir que je suis invitée à me déposer pleinement dans mon corps, dans le présent. Cet état s’impose parfois avec beaucoup de force, et j’éprouve une réelle sensation d’espace, de liberté, de stabilité, d’ancrage, de douceur, imprégnée d’une grande paix. Je ne suis plus soumise à mon mental qui court des marathons. Je ne suis plus « avant », « après », ailleurs. Je ne lutte plus. Je reprends contact avec le rythme juste, avec mon cœur, avec mes profondeurs. Je suis, simplement.

Plus je crée ces conditions pour Être, plus je développe ma capacité à sentir, dans mon quotidien, quand je suis déconnectée de moi-même, quand je ne suis plus dans mon équilibre. Ma connexion avec mon intuition et mes ressentis grandit en miroir avec ma capacité à écouter pleinement ce qui se passe en moi.

C’est un processus lent qui évolue jour après jour, et qui n’est jamais acquis ! L’équilibre profond qui se crée grâce à la pratique est si fragile, si volatile… Cela explique pourquoi il est nécessaire d’y revenir quotidiennement. Le courage, la détermination et le désir intense de retrouver cet équilibre permettent de dépasser les obstacles (fatigue, flemme, raideurs, douleurs dans le corps…).


Si un ami ou une amie te demande ce qu’est le yoga, que lui réponds-tu ?


À ce jour, j’aimerais lui dire que le yoga… c’est un océan. Un océan rempli de trésors qui permettent d’aller à la rencontre de Soi. Un océan qui dépasse largement les idées répandues par la vision occidentale. Le yoga, c’est une voie d’éveil. Une voie « totale ». Une voie qui permet de découvrir la beauté et la grandeur de notre vraie nature en lien avec le monde.


Quelle est la chose que tu as réalisé dans le yoga et dont tu es la plus fière ?


Que je suis bien plus forte, bien plus vaste et bien plus libre que ce que mon petit corps et mon petit mental peuvent me faire croire !


Lequel, parmi les huit piliers du yoga définis par Patanjali, est le centre de ton attention en ce moment ? Pourquoi ?


Spontanément, j’allais dire que je me concentre particulièrement sur les asanas (les postures) et la méditation. Mais… ça fait deux ! Et en réfléchissant, j’ai vite senti que je n’avais pas assez de recul pour répondre à la question. Alors je me suis plongée dans les Yoga Sutra de Patangali, et j’ai retrouvé ces huit piliers énoncés et expliqués dans la seconde partie de l’ouvrage. Et là, quelque chose de très clair m’est apparu et je me suis dit : « il faut que je mette le focus sur dharana ». Dharana, c’est la concentration. Pourquoi ce choix ? Parce que, quand je suis dans une période particulièrement remuante, que mon mental part un peu dans tous les sens alors même que je pratique, que j’ai du mal à me connecter dans la durée à ma respiration, à descendre dans mon corps… c’est qu’il faut muscler (encore et encore et encore) ma concentration, ma capacité à revenir pleinement à moi et à rester avec moi ! Je sens déjà que le simple fait de ramener dharana sur le devant de ma conscience, au début de ma pratique, pose un cadre plus fort qui soutient l’ensemble de ma séance.

Comment envisages-tu la suite de ton aventure dans la voie du yoga ?


Je sens que je suis entrée pleinement dans la voie du yoga. Ce n’est que le début de cette grande aventure qui va durer pendant de très nombreuses années encore, sûrement toute ma vie.

Je vais poursuivre mes efforts pour ancrer ma pratique dans mon quotidien, et pour continuer à l’approfondir. J’ai désormais à cœur de me relier davantage aux textes fondateurs du yoga. Cela va me permettre de tisser des fils entre mon expérience et ce qui y est décrit, et de nourrir mon jardin intérieur.

J’ai vraiment hâte d’entamer le Sadhana* l’an prochain !! Et je sais qu’à un moment ou à un autre je transmettrai à mon tour la sagesse du yoga.


* C’est un programme d’accompagnement à la pratique très complet proposé par Laurent.


Souhaites-tu ajouter quelque chose d’important ?


« Caminando no hay camino,

Se hace camino al andar. »


Ces mots d’Antonio Machado résonnent beaucoup avec mon expérience du yoga, et de la vie. Accepter d’avancer pas à pas, accepter de ne pas savoir ce qui nous attend, mais continuer de marcher avec courage et confiance... et alors les choses se révèlent d’elles même.


Un merci infini à toi, Laurent. Tu m’aides à grandir sur ce chemin.



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